L’intelligence et les opportunités de l’Union bancaire

Au cours de ses cinq années d’existence, l’Union bancaire européenne a remporté quelques succès notables. Lorsque le mécanismede surveillance unique (MUS) est entré en vigueur, le volume des prêts non productifs (NPL) s’élevait à un trillion d’euros (un peu moins que le PIB de l’Espagne) et le taux de défaillance s’élevait à 8 %. Les dernières données publiées, pour le troisième trimestre 2019, réduisent cette charge à moins de 550 000 millions d’euros et à un ratio de 3,40 % du total des prêts. Si l’on considère l’amélioration du niveau des capitaux, l’évolution est tout aussi satisfaisante. Le ratio de capital CET1, le plus représentatif, est passé en cinq ans de 11,3% à 14,4%, et si l’on compare avec 2007, à la veille du déclenchement de la crise, l’épaisseur du coussin de solvabilité a pratiquement triplé.

Ces données sont contenues dans le rapport de PwC récemment publié, Banking Union, a Sustainable Business. En effet, les superviseurs ont des raisons d’être raisonnablement satisfaits des résultats, à ce jour, de l’Union bancaire. Mais, comme on le dit souvent, l’état naturel d’un superviseur est l’insatisfaction.

Un superviseur n’est jamais complètement heureux. Il y a toujours des risques à contrôler, des pratiques à améliorer, des erreurs à prévenir, des faiblesses à cibler. C’est pourquoi, même dans la situation favorable actuelle du contrôle des capitaux et des risques, l’autorité de surveillance continue d’augmenter la pression, erre que erre, en serrant ici et là, pour renforcer la stabilité du système financier.

Il est vrai qu’en 2019, le mécanisme de surveillance unique (MUS) a gelé ses exigences de capital découlant de la révision du processus de surveillance et d’évaluation (SREP). Une fois la période d’adaptation progressive du coussin de conservation des fonds propres établie par les accords de Bâle, qui a nécessité une augmentation de 0,625 % par an, terminée, la plupart des institutions européennes ont réitéré leurs exigences en matière de CET1 pour 2020. Dans le cas des banques espagnoles considérées comme importantes, le MUS exigeait le même capital qu’en 2019.

Mais le rapport souligne également que la stagnation formelle des exigences est, dans un sens, trompeuse, car les autorités de surveillance ont trouvé des moyens de continuer à faire pression et à renforcer le capital des établissements de crédit. L’une d’entre elles est l’application de ce que l’on appelle le tampon contracyclique, qui est utilisé pour modérer la croissance excessive du crédit. Cet outil, qui est activé par une décision des banques centrales nationales, commence à se répandre en Europe, bien qu’il ne soit pas encore entré en vigueur en Espagne.

D’autres décisions partielles qui rendent également plus difficile le respect des obligations de solvabilité des banques sont le renforcement des inspections, la nouvelle définition de la défaillance et l’extension de la couverture des prêts non productifs (PNP) d’un certain âge à l’ensemble du stock de crédit.

En Europe, nous sommes donc confrontés à une situation où les établissements de crédit sont fortement capitalisés en termes historiques et ont tendance à l’être encore plus. Le doute qui se pose est de savoir si cette force et cette tendance sont adéquates pour la situation économique actuelle, caractérisée par l’apathie de l’activité.

De nombreux experts craignent que nous ne soyons plongés dans une sorte de japonisation de l’économie, avec une croissance du PIB très faible ou nulle. Si nous acceptons cette hypothèse, la surcapitalisation du secteur bancaire est-elle la meilleure solution, ou ce capital excédentaire, qui nuit à la capacité des banques à accorder des crédits, est-il un obstacle à la reprise économique ? Sommes-nous en train de tuer des mouches avec nos armes ?

Une deuxième réflexion sur le niveau élevé de capital déjà atteint par les banques européennes est qu’il n’a jusqu’ici pas servi à améliorer la rentabilité du secteur ni à attirer les investisseurs. Cette théorie, défendue à plusieurs reprises par les superviseurs, indique que plus une banque est solvable, plus son CET1 est élevé, mais cette vision statique de la solvabilité n’est pas toujours vraie, car plus le capital requis est important, plus le ROE en souffre (6,6% dans l’Union européenne et 7,1% en Espagne) et plus il effraie les investisseurs, avec l’instabilité perçue par le marché qui en découle.